“Nous sommes soudain très loin des bons sentiments escomptés et contraints de nous interroger sur le vrai sujet du film qui n’est évidemment pas les morts-vivants, mais bien le racisme”, écrivait Daney pour les Cahiers du cinéma. C’est cette évidence qui est, sans doute, la cause de notre problème. Du reste, elle n’est pas partagée par tout le monde, à commencer par Romero lui-même, qui ne se cache pas de n’avoir jamais voulu alourdir son premier film d’un quelconque sous-texte subversif ni que tout ce qui a été perçu comme étant intentionnel ne l’était en fait pas, mais voilà, c’est trop tard ; d’une certaine façon, son film ne lui appartient plus. Des vérités ont vu le jour et on ne va pas se gâcher un tel monument du politiquement incorrect parce qu’un vieux barbu vient les démentir. Aujourd’hui, elles sont béton : qui ne sait pas qu’un zombie est un consommateur sans conscience ? En fait, c’est un peu ce qu’on veut : ici, l’Américain moyen, abruti par une vie formatée, là, l’exclu, refoulé de la société par ce même américain moyen, et peu importe pour le paradoxe. Tout est possible.

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Revenons à l’évidence de Daney. Le film de Romero doit contenir une valeur symbolique discursive pour être digne d’intérêt. Couston, de façon fort significative, ne consacre pas une ligne au fait qu’il s’agisse d’un film d’horreur et à ses éventuelles qualités en tant que tel. “Avant Romero, le zombie, (…) n’avait d’autre fonction que de susciter l’effroi à peu de frais chez les spectateurs”, écrit-il. Tout est dit. Notons bien que le problème ne se situe pas tant au niveau, certes bien contestable, de l’échelle de valeur qualitative mais au fait que le film, pris sérieusement, ne puisse pas être considéré autrement. Il ne s’agit plus de comprendre le film pour ce qu’il est mais de lui trouver un symbolisme, seul capable d’expliquer son mérite et sans lequel il échappe à la rationalisation du critique. Si le film est réussi c’est qu’il doit bien être question de racisme quelque part ; reste à savoir où.

Film à double lecture, nous propose Jérémie Couston, dont la partie apparente n’est que la forme dissimulée et futile d’un second degré qui est le cœur véritable du propos de George Romero et qui constitue l’essence même du métrage. Belle disproportion nous semble-t-il, et dédain un peu trop vite envoyé pour le premier niveau de lecture. Croit-on vraiment que le spectateur se désintéresse à ce point (c’est-à-dire au point de ne pas y consacrer une ligne ) de cette histoire de morts qui sortent de leurs tombes ? N’y a-t-il pas là un attrait qui vaudrait d’être pris en considération ? Gageons que si. Révélée soudainement au cours de la séquence finale, il nous paraît, en revanche, difficile de reconnaître à l’évidence de Serge Daney l’importance qu’il veut bien lui prêter.

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