Cinemapolis : On voit peu ce genre de couple au cinéma. Pourquoi avoir voulu montrer cet aspect de l’amour ?
Olivier Masset-Depasse : Ça vient du fait que je suis dans un couple de longue durée. Aujourd’hui, imaginer faire sa vie avec quelqu’un devient difficile, presque impossible. Les trois quarts des couples qui se séparent s’aiment encore mais leur couple ne fonctionne plus. C’est le manque de communication qui est à la base de tout. Je voulais me plonger dans un couple où l’amour véritable va être mis en danger et voir ce qui peut en ressortir.

C. : Vous allez assez loin puisque Eve va même jusqu’à séquestrer Damien…
O. M-D. : J’ai d’abord voulu raconter une histoire d’amour. A un certain moment, il y en a un qui veut partir, sans laisser une dernière chance à l’autre. Comme Eve est un personnage instinctif, animal, elle va le retenir de gré ou de force. Ce n’est pas un film de séquestration non plus. Ce n’est pas Misery ! Elle veut lui prouver qu’elle peut changer et redevenir comme avant. Même si on n’adhère pas à tout ce qu’elle fait, on la comprend puisque dans le fond, elle n’est pas malsaine. Et puis, c’est un fantasme qui est déjà passé dans la tête de beaucoup de monde.

  Rencontre avec Giorgio Gosetti

C. : Comment définiriez-vous le genre cinématographique de Cages ?
O. M-D. : C’est un film d’amour un peu décalé.

C. : D’où vous est venue l’idée du concours du cri animalier ?
O. M-D. : Le cheminement s’est fait parce que tout le système esthétique découle du personnage principal. Je voulais un côté cocasse pour cette histoire tourmentée. Comme Eve pousse un cri muet pendant tout le film… J’avais vu un concours de cri animalier dans une foire à bestiaux et j’ai voulu me rapprocher d’une certaine belgitude. Et mettre ce concours en music hall m’a permis de me rapprocher des peintres que j’aimais bien comme James Ensor, Francis Bacon, Jérôme Bosch.

C. : Quels sont vos projets ?
O. M-D. : Je travaille actuellement sur deux projets qui sont plus politiques. Le premier, c’est un acte civique. Et l’autre, c’est un thriller politique, plus engagé. Même si on reste toujours au niveau de l’humain.

C. : Qu’est-ce que le cinéma pour vous ?
O. M-D. : Je fais ce métier pour me soigner. L’intérêt dans tout métier, c’est la communication. Faire des films, c’est réaliser ses rêves. C’est ça qui est fou, c’est que ce que tu as en tête, tu le concrétises. Il y a très peu de métiers comme ça. Pour moi, c’est une certaine liberté, ou un certain besoin de liberté.

Le film sort en Belgique le 9 mai et a reçu le prix du Public et le prix du Jury Junior au Festival international du film francophone de Namur, en 2006.