“Elle est un peu irréelle, mystérieuse, sensuelle”, commente l’actrice lunaire. “Je l’ai interprétée de manière très sexy, espiègle, folle. Elle a perdu l’esprit. Je lui donne plusieurs facettes et couleurs. Parfois elle est innocente, parfois sage, en fait elle est un peu bizarre, elle fait peur. On ne sait pas trop pourquoi elle existe ni d’où elle vient. Je l’adore. Au début je ne savais pas comment la créer, elle aurait pu être n’importe qui ou personne. J’ai pas mal d’idées bizarres qui m’étonnent moi-même. Les comportements ou les émotions imprévisibles lui vont bien. Hors du plateau j’ai eu de la peine à trouver ce que je devais faire. Mais elle avait déjà une vie en moi et c’est elle qui m’a soufflé ce que je devais faire pour être là pour elle. Quand j’interprète un personnage comme celui-là, j’en tombe amoureuse. On danse le tango ensemble et on se teste aussi. C’est sa trajectoire, mais je lui donne vie avec mon sang. Je la mets au défi, mais elle est comme un juge invisible.”

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Pendant son temps libre, Bai Ling a écrit un livre sur son expérience dans l’Armée de libération du peuple au Tibet à l’âge de 14 ans, avec pour titre provisoire Une horloge tombée du ciel.
“Ces trois années passées au Tibet ont été l’expérience la plus enrichissante de ma vie. J’ai tout appris sur les hommes, les femmes, l’armée, le Tibet, les danses gracieuses, les esprits et le monde invisible… C’est une mine d’informations pour un auteur. Je pense qu’être acteur et auteur, ce sont de bons métiers pour les femmes. En écrivant, il y a tellement d’images qui me sont apparues que je pourrais les filmer, ça en ferait des films fantastiques que j’aimerais réaliser moi-même. Mais parfois je me dis que je ne veux pas devenir réalisatrice car je préfère rester féminine, douce, sexy, romantique.”

“Comme mon nom l’indique, je suis un esprit libre”, dit Bai Ling. “Je me sens à l’aise partout, même en France, même quand ils me parlent en français, je me sens très libre parce que je ne comprends pas, je n’ai pas besoin de m’inquiéter. Je fais ce que je veux, je réponds ce que je veux. Des fois je me sens nostalgique, seule, un peu perdue, et parfois c’est juste le décalage horaire, ou bien travailler dans une rue bondée, être exposée à toutes sortes de bruits, je me sens complètement perdue. Mais je sais que j’ai de la chance de vivre dans le luxe, de voyager partout, d’aller dans de grands hôtels. Je rencontre plein de gens différents, parle des langues différentes, visite des endroits différents, tout ça grâce au métier que j’adore faire. ”

  Interview de Cédric Hachard

Bai Ling recule dans son siège, sa robe noire au décolleté plongeant dévoile même son nombril. “Des fois je m’observe et pense que dans ma vie antérieure, je devais être un animal sauvage. J’ai toujours ce côté fêtard qui aime s’habiller sexy, un peu animal, en moi. Dans cette vie j’ai une forme humaine, un corps humain, et j’essaye de comprendre comment me comporter. Dans ma tête, il y a 8 esprits, 8 petites filles en minijupe. Mais toutes ont une personnalité différente. Il y a l’espiègle, la rigolote, la triste, la sage. Je suis comme un arbitre qui leur donne vie tout en aimant ma propre vie. Je reste ouverte, sensible aux émotions spontanées pour qu’elles aient la liberté et l’espace de jouer. C’est très important pour les acteurs de jouer leurs rôles avec de vraies émotions. Car il ne s’agit pas de jouer. Je ne joue pas, j’expérimente la vie.”

Entretien réalisé par Cherise Fong, Hong Kong, août 2004